Déséquilibre étrange.
J’ai la tête trop pleine,
De mots, d’émotions, de bruits, de chagrins.
Je vomis ce chagrin par mes yeux.
J’ai les bras trop vides,
De toi.
Déséquilibre étrange.
J’ai la tête trop pleine,
De mots, d’émotions, de bruits, de chagrins.
Je vomis ce chagrin par mes yeux.
J’ai les bras trop vides,
De toi.
-Tu m’as manqué.
-Je sais.
- …
-Sinon ça va ?
-Non.
-… Excuse-moi.
-Dis pas ça, tu ne l’as pas voulu…tu l’a pas fait exprès…c’est pas ta faute…
-En effet. Tu m’en veux ?
-Non.
-Je sais que si.
-C’est vrai… c’est juste que je ne veux pas y croire. Je préfère me mentir.
-Te mentir ?
-Oui, me dire que tu m’a pas vraiment abandonnée, juste que tu es plus loin, et que je te retrouverais bientôt. Je cherche encore ton visage dans la foule…
-Je ne sais pas si c’est la meilleure solution.
-J’en ai pas trouvée d’autre…
-Accepte la réalité.
-Non, je veux pas de cette réalité, je me sens mieux dans les nuages.
-Dans les nuages… Seule ?
-Non, quand je plane là haut je suis avec toi, je te rejoins souvent, dès que je peux.
-Tu devrais profiter du temps qu’il te reste.
-Il me reste rien. Tu m’as tout pris quand tu es parti. Mon cœur, mon âme…
-Pardon…
-C’est pas grave…Je survis sans.
-Tu vis sans.
-Si tu veux…
-…
-…
-Ca fait deux ans maintenant.
-Oui, déjà.
-Reviens.
-Je peux pas.
Tant pis.

Lundi matin, sous la pluie. Le train serpente entre les montagnes.
J’attends le jour, un rayon de soleil entre les nuages sombres, il tarde à venir. Je sais que si je vois le soleil se lever depuis mon wagon la journée sera bonne.
Il tarde à venir, je perds espoir de le voir, ce premier rayon. Comme tous les lundis, à chaque minute l’excitation monte. Et si c’était pour aujourd’hui ? Si cela arriverait pile maintenant ?
Un tunnel, le train accélère dans les entrailles obscures de la terre, je ferme les yeux.
Allez, il faut que j’y croie plus fermement sinon ça ne se passera pas.
A travers mes paupières fermées je sens de nouveau la faible luminosité de ce début de jour. J’entrouvre un œil… les montagnes, la brume et la pluie…
Raté.
Pas grave que je me dis, il reste encore un tunnel avant d’arriver à Grenoble. Je m’enfonce dans mon siège et respire profondément. J’espère que les autres personnes du compartiment n’ont pas aperçu mon trouble, si seulement ils pouvaient comprendre.
Je fixe le paysage flou à travers la vitre détrempée. Il ne m’émerveille plus du tout. Je n’aspire plus qu’à une chose, revoir mes couleurs. Le turquoise de la mer, le jaune intense du soleil, le blanc du sable…
Chaque lundi j’espère que mon train ne s’arrête jamais à Grenoble, qu’il m’emmène là bas.
On approche du dernier tunnel, même rituel, j’attends et j’espère le cœur battant la chamade.
Je ferme les yeux pour que la magie puisse opérer en secret.
Une, deux, trois, quatre secondes… je retiens mon souffle. Sans ouvrir les yeux je tourne la tête vers la vitre, prête à voir ce que j’attends.
A ce moment une voix nasillarde se fait entendre
« Le train va arriver en gare de Grenoble. Grenoble terminus de ce train. Vérifiez que vous n’avez rien oublié à votre place. La SNCF vous souhaite une agréable journée ».
J’exhale un soupir, tant pis, ce sera pour lundi prochain. Je descends sur le quai, et lève les yeux au ciel. Tiens, un coin de ciel bleu là bas. La journée ne sera pas si mauvaise finalement.